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Par Heloise, le samedi 10 juin 2017 à 15:50:26

C'est notamment dans le New York Times que Neil Gaiman s'est exprimé il y a quelques semaines au sujet de son dernier ouvrage en date, Mythologie Viking.
Alors que cet ouvrage vient justement de paraître en version française, publié par la maison Au Diable Vauvert, voici la traduction de l'article en question.
Bonne lecture !

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L'article traduit

Neil Gaiman faisait lecture de son nouveau recueil de nouvelles, Mythologie Viking, jeudi soir à l’Hôtel de Ville, devant une foule rassemblée, et il avait le choix entre 15 récits. Il en a choisi un appelé The Master Builder.
L’action commence alors que les dieux vikings, inquiets que leur demeure d’Asgard ne soit vulnérable aux incursions étrangères, débattent du comment rendre leurs frontières plus sûres. Que proposes-tu ?, demande-t-on à Odin, le plus puissant d’eux tous. Un mur, répond Odin. Ce comique de M. Gaiman tombait vraiment à pic, mais la vérité est qu’il aurait pu lire pratiquement n’importe quoi – des œuvres de jeunesse non publiées, les notes griffonnées de ses marges, des extraits de sa correspondance avec ses comptables – et la foule aurait répondu avec la même reconnaissance fracassante. Avec ses 2,5 millions d’abonnés twitter, son œuvre qui traverse genres et réseaux sociaux, et l’exceptionnelle relation de proximité qu’il entretient avec ses fans, M. Gaiman existe au centre d’un rare diagramme de Venn, où l’auteur à succès rencontre la personnalité célèbre et la figure culte.

Mythologie Viking est une reprise ludique d’anciennes histoires du Nord sur la création du monde et autres affaires pressantes figurant Odin, Thor, le pas si brillant dieu au marteau et Loki, le dieu qui cause tous les problèmes. Cela fait partie de ce que M. Gaiman aime faire : trouver quelque chose qu’il pense intéressant et voir où cela le mène. Son œuvre reflète son esprit agité, comprenant science-fiction, fantasy, contes de fée, livres pour enfants, livres pour adultes, comics, scénarios, nouvelles, essais et poésie. Parmi ses livres les plus connus on trouve Neverwhere, un livre de fantasy urbaine à propos d’un lieu situé en-dessous de Londres pour les laissés pour compte de la ville normale et le délicieusement flippant Coraline, un livre pour enfants à propos d’une fille tombant par hasard sur ce qui semble être, mais n’est pas, une famille alternative idéale.
Pourquoi ces mythes en particulier et non, disons, ceux des Grecs ? M. Gaiman, qui a été initié aux récits vikings à travers les comics de Marvel The Mighty Thor, enfant, dans l’Angleterre des années 1960, a été attiré, en partie, par leurs protagonistes imparfaits et leur vision du monde plaisamment sombre.
Les mythes grecs sont pleins de sexe et de paons, a-t-il dit au public. Il s’agit beaucoup d’être assis dehors et de s’amouracher de son propre reflet. Personne ne fait cela dans la mythologie viking. Si vous êtes assis dehors en hiver, vous êtes mort.  Son nouveau livre débute au commencement du monde et finit lors de sa destruction par la glace, le feu et les ténèbres, avant que l’espoir ne soit rendu, avec précaution et hésitation, par les commencements d’un nouveau monde sur les ruines de l’ancien. Le message de l’œuvre semble pertinent en ce moment.

S'il y a quelque chose que l’étude de l’histoire nous dit, c’est que les événements peuvent empirer, et aussi que, quand les gens pensaient qu’ils vivaient la fin des temps, ce n’était pas le cas, a dit M. Gaiman dans un entretien cet hiver. Vêtu de noir, la couleur qu’il porte toujours, il avait fait escale au bureau de son éditeur à New York, au beau milieu de certains arrangements logistiques multi-continentaux à donner le vertige, en finissant par un et ensuite nous allons en Australie pour quelques mois. 


M. Gaiman, 56 ans, a dit avoir abordé les mythes comme un musicien pourrait le faire s’il enregistrait des reprises de chansons folks des années 1950, ou comme les comédiens le font avec la plaisanterie au centre du film Les Aristocrates. La base de l’histoire est là, mais c’est à vous que revient la façon de gérer les détails.
Il a donc inclus émotions, motivations, dialogues enlevés, rusés ornements gaimaniens. Il a donné un coup de neuf aux rôles des déesses, qui sont traditionnellement traitées de façon misérable par les dieux sexistes mais qui se défendent elles-mêmes dans sa narration : Pour quel genre de personne me prends-tu ?, demande la déesse Freya, quand elle entend parler d’un accord douteux pour la marier à un ogre.
J'essaie d’écrire un livre qui ne fera pas dire à un érudit scandinave« Il a tellement faux sur toute la ligne avec ça », a dit M. Gaiman. Mais ce n’est pas pour un érudit scandinave que je raconte cela. Ce que je veux faire, c’est vous raconter l’histoire et en faire une histoire qui marche.

M. Gaiman a une actualité riche et variée. Il a eu un jeune fils de son épouse, la chanteuse américaine Amanda Palmer, dont les facéties subversives correspondent aux siennes. Il a fini récemment d’écrire les scripts pour De Bons Présages, une série en six parties basée sur le roman qu’il a écrit avec Terry Pratchett ; la série doit passer sur Amazon Prime et la BBC l’an prochain. Il y a aussi la série qu’on attend avec impatience basée sur son bestseller American Gods, pour laquelle il sert de producteur exécutif et qui sera diffusée sur Starz cette année. Son roman en cours fait suite à Neverwhere. Tout comme ce livre était une manière de parler des sans-abris, des malades mentaux, des démunis, sans réellement parler d’eux, a-t-il dit au cours de l’entretien, sa nouvelle œuvre sera en partie sur la situation critique de réfugiés, dans une cité, luttant pour leur adaptation, à un moment déconcertant.
Le Londres post-Brexit, le monde, sont dans un état terrible de désordre, a-t-il dit, faisant référence au vote de la Grande-Bretagne pour sortir de l’Union européenne. J’ai cette capacité de prendre toute la colère que je ressens et de la mettre dans un livre. Lors de sa parution à l’Hôtel de Ville, M. Gaiman a gâté ses fans avec la bande annonce officielle d’American Gods, ainsi qu’avec celle d’un prochain film basé sur une vieille nouvelle écrite par lui et qui s’appelle How to talk to girls at parties: C’est la plus belle histoire de Roméo et Juliette, avec des punks et des aliens, composée en 1977 à Croydon, qui ait jamais été faite, a-t-il déclaré. La foule, des centaines de gens étreignant de vieux livres pour que l’auteur les signe après coup, ont adoré ces événements, et ils ont adoré le Questions-Réponses de M. Gaiman, où les questions étaient soumises par le public. Et il a donc parlé du Ragnarök, ou la fin du monde, telle qu’elle est représentée dans les mythes vikings. Il a parlé de son grand ami M. Pratchett, qui a écrit les romans des Annales du Disque-Monde et est mort en 2015. Il a parlé de son premier livre, une biographie rock de Duran Duran. Puis quelqu’un lui a demandé ce qu’il voulait comme épitaphe.

Il y a réfléchi un instant. Nous ne savons pas s’il est vraiment là-dessous, a –t-il dit.